Épisode 4 · Série 101
Pourquoi le restaurant ferme l'hiver : la saison dans les Pyrénées-Orientales expliquée
Pourquoi la maison ferme l'hiver
Fin octobre, sur la côte, les terrasses se replient. En novembre, beaucoup de rideaux baissent. Pour qui travaille en salle, la question revient chaque année : pourquoi fermer, et comment s'organiser ?
Le calendrier, tel qu'on le vit ici
Autour de Collioure, beaucoup de restaurants suivent le même rythme : fermeture en novembre jusqu'aux fêtes de Noël et du Nouvel An, réouverture pour les fêtes, nouvelle fermeture en janvier, puis retour fin février ou en mars. Certaines maisons ouvrent encore les week-ends ; d'autres rouvrent pour les vacances de Noël, puis en février-mars. C'est une observation de terrain, pas une statistique. Chaque maison a son propre calendrier, mais c'est le rythme le plus courant chez nous.
La saison, en chiffres
Ce rythme suit la fréquentation. Dans les hôtels des Pyrénées-Orientales, en 2025 (Insee, hôtels uniquement) :
- il y a trois fois et demie plus de nuitées en août qu'en janvier ;
- juillet et août font à eux seuls 29 % des nuitées de l'année ;
- de novembre à mars, cinq mois pèsent à peine plus d'un quart des nuitées (27 %).
Les hôtels ne sont qu'une partie de l'hébergement du département : les campings, par exemple, comptent environ 4,7 fois plus de nuitées que les hôtels sur l'année (Insee, 2025).
Et chaque saison est différente. En août 2026, pour l'ensemble des hébergements marchands, l'agence départementale du tourisme (ADT 66) voit un taux d'occupation de 85 %, stable par rapport à 2025. Dans les seuls hôtels, l'Insee compte 8,7 % de nuitées en moins qu'en août 2025 (chiffres provisoires). Les deux ne mesurent pas la même chose. Et des restaurateurs le disent : la présence de vacanciers ne signifie pas forcément qu'ils consomment.
Pourquoi fermer, alors que le loyer tourne ?
Un restaurant a deux sortes de charges.
- Celles qui suivent l'activité : la matière, les extras et les saisonniers, l'énergie de la cuisine. Quand la salle est vide, elles baissent.
- Celles qui tombent même porte fermée : le loyer, les assurances, les abonnements, le comptable, les remboursements d'emprunt.
Ouvrir en janvier ne revient pas à payer l'équipe en plus : en CDI, elle est payée de toute façon (congés). Ce qu'ouvrir ajoute, ce sont les saisonniers et extras à rappeler, la matière, l'énergie et le chauffage. Quand les recettes ne couvrent plus ces dépenses, fermer coûte moins cher qu'ouvrir. Fermer arrête les achats et les contrats saisonniers, mais pas le loyer : c'est pour cela que la saison doit faire vivre la maison toute l'année.
Une région de saisonniers
Dans la zone d'emploi de Perpignan, un salarié sur six travaille au moins une fois dans l'année sur un poste saisonnier (Insee, 2023). En Occitanie, près d'un salarié de l'hébergement-restauration sur trois est saisonnier, et un poste saisonnier du secteur dure en moyenne 47 jours. Vous n'êtes pas seul dans ce cas : c'est l'organisation normale du métier ici.
Organiser son année
Travailler en saison, ça se prépare. Quelques repères :
- Le chômage saisonnier. Depuis avril 2025, un saisonnier peut ouvrir des droits à l'allocation chômage avec 5 mois de travail (108 jours ou 758 heures) sur des contrats saisonniers, au lieu de 6. Les conditions exactes sont à vérifier selon votre situation auprès de France Travail.
- L'hiver pour progresser. Les mois calmes sont le bon moment pour apprendre : le vin, une langue, le bar, un nouveau poste. France Travail propose des dispositifs de préparation à l'emploi avant une embauche.
- Un lieu pour vous aider. La Maison du travail saisonnier des Pyrénées-Orientales (17 rue Camille Pelletan, Perpignan) tient des permanences toute l'année et oriente vers France Travail, la Mission locale ou les organismes du territoire.
- Garder le lien. Une maison qui rouvre en mars cherche d'abord ceux qu'elle connaît. Un message en février, une disponibilité claire : c'est déjà une saison qui se prépare. Laissez aussi vos disponibilités et votre numéro au patron en fin de saison, quand il prépare déjà la suivante.
Une fierté, pas une fatalité
La saison, c'est intense. Mais c'est aussi ce qui fait la force du métier ici : savoir tenir un mois d'août plein, puis prendre le temps de souffler, d'apprendre et de revenir meilleur. Les maisons qui durent sont celles qui retrouvent, saison après saison, une équipe qui connaît la maison.
À retenir
- Autour de Collioure : fermeture en novembre, réouverture pour les fêtes, fermeture en janvier, retour fin février ou en mars.
- Août fait trois fois et demie les nuitées hôtelières de janvier.
- Le loyer tombe même porte fermée : la saison doit faire vivre l'année.
- Cinq mois de contrats saisonniers peuvent ouvrir des droits au chômage.
Mis à jour le 18/10/2026. Repères généraux, à vérifier selon votre situation.
Sources
- Nuitées hôtelières mensuelles du 66, 2025 : Insee, séries départementales mises à jour le 13/10/2026 (calculs de part de Sentinelle). insee.fr/fr/statistiques/serie/010599335
- Campings, nuitées 2025 : Insee. insee.fr/fr/statistiques/serie/010754987
- Août 2026, hôtels (−8,7 % de nuitées, provisoire) : Insee, même série. Août 2026, tous hébergements marchands (85 %) : ADT 66, données G2A provisoires, relayées par L'Indépendant le 17/09/2026. lindependant.fr
- Saisonniers, zone d'emploi de Perpignan et Occitanie : Insee Analyses Occitanie n° 166, 12/02/2026. insee.fr/fr/statistiques/8735865
- Chômage des saisonniers : Unédic, « Je suis travailleur saisonnier » ; annexe 5 au règlement de la convention du 15/11/2024. unedic.org
- Préparation à l'emploi avant embauche : France Travail. francetravail.fr
- Maison du travail saisonnier des Pyrénées-Orientales. maison-travail-saisonnier.fr
- Calendrier autour de Collioure : observation de terrain (Axel), pas une statistique.